Schreiber-Hollington : le tour de force et la naissance d’un style
À gauche, un irlandais flamboyant tombé sous le charme de Saint-Germain-des-Prés : Patric Hollington.
À droite, un couturier et architecte bien intégré dans les cercles créatifs du Paris des années 60 : Michel Schreiber.
Le premier est féru d’opéra, passionné de jazz, fasciné par le mouvement Bauhaus, amateur de musique russe et épris de design scandinave.
Le second est un tailleur confirmé, designer d’intérieur renommé, grand ami d’Emmanuelle Khan et de Paco Rabanne, connu sur la rive gauche sous le surnom “d’architecte du vêtement”.
Ensemble, ils co-fondent la société Schreiber-Hollington en 1965 avec une ambition aventureuse : réinventer la silhouette masculine.
Michel Schreiber et Patric Hollington en 1972 dans l'émission "Aujourd'hui Madame". ©Capture d'écran d'une vidéo INA
Au sacrosaint costume-cravate, ils opposent alors des créations qui, sans être moins élégantes, présentent l’avantage d’être moins formelles et moins convenues. Particulièrement, le duo s’inspire du vestiaire ouvrier pour concevoir des pièces pratiques, fonctionnelles et confortables ; qu’ils ne manquent pas d’aborder avec une rigueur de tailleur.
Assez vite, cette approche séduit. En face de l’austère complet-veston, cette vision originale et subtilement décalée trouve son public dans un Paris bouillonnant où couve déjà mai 1968.
Ensemble Schreiber-Hollington présenté à la Triennale de Milan en 1968. ©Fondation Triennale de Milan
Réalistes, Hollington et Schreiber tentent l’impossible. Chemise sans col pour bannir la cravate, vêtements de travail revus et allégés, vestes déstructurées aux épaules naturelles : le binôme joue la carte de l’épure et s’affranchit joyeusement des codes en vigueur. Plus que jamais, l’imagination est au pouvoir.
Dans les années 70, on reconnaît de loin la ligne Schreiber-Hollington : conjuguant pureté architecturale et simplicité utilitaire, elle a tout simplement redéfini les codes de l’élégance masculine. Mission accomplie.
Hollington sans Schreiber
Dans les années 70, Schreiber-Hollington a réussi son tour de force : prouver qu’il était possible d’être élégant sans porter le trois-pièces traditionnel.
Designers, peintres, architectes, acteurs et même personnalités politiques (François Mitterand au premier chef) s’y pressent pour commander ce qui s’apparente alors aux uniformes de la modernité.
Pourtant, les deux associés se séparent en 1973. Schreiber-Hollington devient Hollington et “Saint-Patric” poursuit en solitaire.
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