Affiche publicitaire Mossant, 1925.
La vie de chapeau
Contexte : nous sommes à Bourg-de-Péage au début du XIXème siècle.
Bienvenue à Bourg-de-Péage, 26300.
Au lendemain de la Révolution, la draperie et la bonneterie cèdent progressivement la place à une nouvelle activité dans cette petite ville drômoise : celle de la chapellerie de feutre.
Il faut dire qu’elle a tout pour s’y épanouir : une main d’œuvre importante, rompue au travail artisanal et en quête de reconversion. En prime, les campagnes environnantes se révèlent riches en lapins. Dans la première moitié du 19ème siècle, cette faune abondante fait le beurre des “raseuses et raseurs”, chasseurs improvisés qui fournissent cette industrie naissante en matière première.
Triste précision en passant : le feutre qui a fait la renommée de Mossant est bel et bien obtenu à partir de fourrures de lapins. Elles sont soufflées, bâties, semoussées, foulées et teintes avant d’être mises en forme et garnies pour donner un chapeau.
Opération de teinture du poil aux ateliers de la chapellerie Mossant. Crédits : Archives départementales de la Drôme.
Dans ce contexte, Bourg-de-Péage se positionne sur ce marché porteur. En quelques décennies, elle en devient l’un des pôles incontournables. En 1811, on compte 3 ateliers et quelques dizaines d’ouvriers. Cinquante ans plus tard, on en recense plus de 400 répartis dans 16 structures.
Parmi elles, une brille particulièrement et s’impose comme le joyau du secteur : la société Mossant.
Affiche publicitaire pour les chapeaux Mossant. Crédits : N. Halitim-Dubois pour l’inventaire général du patrimoine culturel de Rhône-Alpes.
Mossant fait la course en tête
Créée en 1833 par Casimir Mossant, l’entreprise éponyme devient vite la locomotive de l’industrie chapelière de l’époque. Comptant sur des savoir-faire sûrs, des matières premières de grande qualité et des modèles appréciés, elle s’impose comme la figure de proue du secteur et bénéficie rapidement d’une renommée régionale puis nationale.
Forte de ce succès, l’entreprise déménage en 1860. Elle fait l’acquisition d’un nouveau terrain sur lequel s’élève bientôt une usine monumentale pour l’époque : 144 000 m² dont 65 000 m² d’ateliers de confection. Les capacités de production augmentent proportionnellement.
Sous la houlette de Charles Mossant, fils du fondateur, l’entreprise poursuit son irrésistible croissance. L’arrivée du chemin de fer dans la ville voisine en 1864 accélère encore son essor et facilite le commerce vers l’extérieur.
Outre une crise de la chapellerie en 1883 et le coup d’arrêt marqué par la Première Guerre mondiale, rien ne semble freiner l’essor de la société Mossant. Dans l’entre-deux-guerres, elle règne en maîtresse sur le monde du chapeau et jouit d’une notoriété mondiale.
Publicité presse par Destruel, 1929.
L’âge d’or du chapeau Mossant
Dans les années 1920, Mossant accomplit sa destinée de chapelier en se hissant là-haut, tout là-haut.
Avec 1 200 ouvriers capables de produire près de 2 000 chapeaux chaque jour, l’usine tourne à plein régime et domine le secteur de la chapellerie. Grâce au développement du commerce international, les lapins australiens et les castors canadiens ont remplacé les bons lièvres drômois pour assurer la production du feutre Mossant.
En atteste cette publicité de 1927, d'un goût pour le moins douteux.
À son apogée en 1929, Mossant coiffe littéralement le monde entier et tient à le faire savoir : son célèbre slogan est dorénavant de toutes les campagnes publicitaires.
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