Le mocassin 180 de Weston a 80 ans

C'est probablement le plus français des souliers : en 2026, le mocassin 180 de la marque J.M. Weston souffle sa 80ème bougie. Un octogénaire fringant qui incarne, depuis son invention en 1946, le nec plus ultra de la cordonnerie.

Le Mercure galant
4 min ⋅ 09/04/2026

Plus qu’un soulier, le mocassin 180 de Weston est un emblème. Un talisman. Une icône.

Crédits : J.M. WestonCrédits : J.M. Weston

Figure de proue du savoir-faire français, cette invention de l’immédiat après-guerre célèbre cette année son 80ème anniversaire sans avoir pris la moindre ride. Adulée dans le monde entier, elle emporte dans son sillage le souvenir d’une période de reconstruction, la mémoire d’une révolution esthétique et la quête obsessionnelle de l’équilibre.

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Aux origines du 180

En 1891, Édouard Blanchard ouvre une manufacture de souliers à Limoges, dans une région connue et reconnue pour son expertise dans le travail du cuir.

Édouard Blanchard, fondateur de la manufacture en 1891.Édouard Blanchard, fondateur de la manufacture en 1891.

Il enseigne les rudiments du métier à son fils Eugène, lequel part se former aux États-Unis dans une petite ville répondant au doux nom de Weston. C’est là-bas, au cœur du Massachusetts, qu’Eugène Blanchard s’initie au cousu Goodyear ; une technique de montage mise au point localement par un certain Charles Goodyear Junior. L’avantage est décisif : elle permet de ressemeler la chaussure plusieurs fois sans abimer la tige.

Anatomie d'un cousu Goodyear. Crédits : Norbert Bottier.Anatomie d'un cousu Goodyear. Crédits : Norbert Bottier.

De retour à Limoges avec l’expertise et la machine adéquate, Blanchard fils part à la conquête de la capitale et s’associe à François Viard pour lancer sa marque J.M. Weston. Nul ne sait à quoi correspondent les initiales, tandis que Weston fait référence à la ville américaine dont il revenait alors.

Une première boutique ouvre en 1922 boulevard de Courcelles, une seconde suit sur la célèbre avenue des Champs-Élysées en 1932.

La première boutique « J.M. Weston », Boulevard de Courcelles à Paris. Crédits : J.M. Weston.La première boutique « J.M. Weston », Boulevard de Courcelles à Paris. Crédits : J.M. Weston.

À l’époque, la préférence des hommes va plutôt aux derbys, Richelieu et autres souliers lacés. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale, dans une période marquée par un souffle de modernisation, que le mocassin va se faire une place aux pieds de ces Messieurs et de ces Dames, puisque parfaitement mixte.

C’est dans ce contexte que le 180 de Weston voit le jour en 1946.

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Inspiré du loafer nord-américain popularisé par les étudiants de l’Ivy League, il reprend la forme consacrée avec son célèbre plateau arrondi, sa souplesse caractéristique et sa forme basse aussi facile à enfiler qu’à retirer.

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Toutefois, le mocassin à la sauce Weston injecte une rigueur purement française dans le traitement de ce soulier résolument décontracté (pour l’époque). Tandis que le loafer US glisse vers une forme de mollesse, le 180 tricolore introduit une fermeté, une consistance et un maintien qui traduisent la longue tradition limougeaude.

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L’influence des playboys dans les années 60

Si les débuts du mocassin Weston sont timides, les années 60 vont être le théâtre de son explosion en France et dans le monde.

Au cœur des Trente Glorieuses, les minets du Drugstore Publicis adoptent le 180 et en font le soulier quasi officiel de leur uniforme. Jacques Dutronc chante d’ailleurs ces playboys dans son titre éponyme de 1966.

D’abord redoutés à cause de leur image bourgeoise voire austère, les mocassins Weston tombent dans un tout autre registre en compagnie des blue jeans de ces néo-dandys.

Devant le Drugstore Publicis, Champs-Elysées, Paris, 1962. Crédits : René Burri.Devant le Drugstore Publicis, Champs-Elysées, Paris, 1962. Crédits : René Burri.

C’est à cette période qu’il gagne son petit surnom - le '“Janson” - en référence au prestigieux lycée parisien où la jeunesse BCBG l’a érigé en pièce incontournable.

Minettes et minets devant le lycée Janson-de-Sailly en 1967. Crédits : Jean-Claude Deutsch pour Paris Match.Minettes et minets devant le lycée Janson-de-Sailly en 1967. Crédits : Jean-Claude Deutsch pour Paris Match.

Dès lors, le potentiel du mocassin se montre au grand jour : à l’aise endimanché, il se révèle tout aussi efficace dans des tenues moins habillées. Toujours élégant, diablement polyvalent, pratique comme aucun autre, le 180 entre dans une nouvelle dimension pour asseoir sa légende.

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Le Mercure galant

Par Lucas Marquiand

Rédacteur mode depuis 2017, j’ai amassé au fil des ans une myriade d’informations et d’anecdotes sur le patrimoine textile tricolore. Avec “Le Mercure galant”, je vous partage ma passion pour le génie français de l’habillement.

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