Dans les années 40 et 50, le nom de Griffe était aussi connu que ceux de Dior, Givenchy, Lanvin ou Balenciaga. Quelques décennies plus tard, ceux-ci ont passé à la postérité tandis que celui-là est tombé dans l'oubli. Réhabilitation.
Alors qu’il a officié en même temps et avec la même maestria que Dior, Givenchy, Lanvin, Grès ou Balmain, l’héritage de Jacques Griffe est largement méconnu en France.
Couturier de génie, fils spirituel de Madeleine Vionnet, il a habillé les plus grandes femmes de son temps avant de s’éteindre en 1996 dans son Aude natale. Retour sur le travail extraordinaire d’un prodige injustement oublié.
Jacques Griffe dans son bureau parisien. Crédits : APB11 - Travail personnel, Wikicommons CC BY-SA 4.0
Jacques Griffe - Théodore Antoine Émile de son vrai prénom - est né le 29 novembre 1909 à Conques-sur-Orbiel en Occitanie. Couturière de métier, sa mère Eugénie l’initie très tôt à l’art qui deviendra sa vocation.
Doué dès le plus jeune âge, il entre comme apprenti chez le tailleur Olive à Carcassonne. Il est alors âgé de 16 ans. Quelques années plus tard, il poursuit sa formation à Toulouse pour le compte de la Maison Mirra.
En 1935, à peine âgé de 25 ans, il obtient un poste de modéliste auprès de la couturière la plus en vue du moment : une certaine Madeleine Vionnet. C’est une consécration pour le jeune Jacques Griffe, fasciné depuis l’enfance par les drapés de la papesse de la couture française.
Madeleine Vionnet dans son atelier en 1930. Crédits : Getty.
De retour du service militaire en 1935, Jacques Griffe rejoint les rangs de la Maison Vionnet en tant que coupeur et modéliste. Auprès de la Reine du coupé en biais, il s’initie à cette technique singulière et perfectionne son drapé sur des petits mannequins.
4 ans durant, Griffe apprend de sa mentor et s’inspire de ses méthodes. Parmi elles, le coupé en biais le captive particulièrement. Inventé par Madeleine Vionnet elle-même, ce procédé consiste à placer le patron selon un angle de 45°C au moment de la découpe pour ciseler la matière à l’oblique, permettant de donner à celle-ci une élasticité particulière, une souplesse inédite et un tomber naturel.
Madeleine Vionnet, Robe du soir « Quatre mouchoirs », 1920, Crêpe romain, Paris, MAD. Don Madeleine Vionnet, UFAC, 1952. Crédits : MAD, Paris / Patrick Gries.
Mobilisant ce savoir-faire, les robes de Vionnet (et bientôt celles de Jacques Griffe) se forgent une réputation dans toute l’Europe.
Madeleine Vionnet, Robe du soir, 1936, Crêpe Rosalba, ceinture en cuir doré, Paris, MAD. Don Madeleine Vionnet, UFAC, 1952. Crédits : MAD, Paris / Patrick Gries.
En 1939, la guerre éclate. Jacques Griffe, alors âgé de 30 ans, est mobilisé. Dès le début du conflit, il est capturé et passe près de 18 mois dans un camp de prisonniers dont il ne reviendra qu’en 1941.
À son retour en France, il ouvre son propre salon de Haute couture place Gaillon, à Paris. C’est ici, en plein cœur du 2ème arrondissement, qu’il signe enfin sous son propre nom.
Robe de soirée en organdi signée Jacques Griffe, 1952. Crédits : Regina Relang.
Sans surprise, le coupé en biais, le plissé et le drapé ne sont jamais bien loin chez le poulain de Madeleine Vionnet.
Anne Campion en robe Jacques Griffe, P/E 1951. Crédits : Seeberger.
Mais Jacques Griffe s’illustre par-delà la maîtrise de ces techniques exigeantes. Particulièrement, il fait montre d’une grande créativité dans le choix des étoffes, intégrant volontiers la moire ou le lamé ; mais aussi dans la définition de ses palettes de couleurs, couramment vives et riches.
Ivy Nicholson en 1954 dans un manteau de taffetas imprimé signé Jacques Griffe. Crédits : Henry Clarke pour Vogue France.
En quelques mois, sa virtuosité fait la renommée de sa Maison. Jacques Griffe est unanimement reconnu comme un couturier d’exception, sinon comme le meilleur de l’Après-guerre.
Ivy Nicholson en robe d'organza ornementée Jacques Griffe, 1953. Crédits : Regina Relang.
Alors que Christian Dior, Hubert de Givenchy, Jean Patou, Jacques Heim ou encore Cristobal Balenciaga officient à cette période, nombre de célébrités se pressent place Gaillon, parmi lesquelles Mme Eisenhower, Joséphine Baker, Ingrid Bergman, Michèle Morgan ou encore l’impératrice d’Iran Farah Pahlavi.
Croquis d'ensembles portés par Joséphine Baker aux Folies Bergère. Crédits : journal L'Aurore, 2 mars 1949.
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