Le Glazik, le phare breton

Spécialisé dans le vêtement marin, Le Glazik incarne une haute idée du savoir-faire textile breton. Née en 1928, la marque quimpéroise cultive les mêmes valeurs et travaille selon les mêmes principes depuis près d'un siècle.

Le Mercure galant
4 min ⋅ 16/04/2026

La naissance du Glazik

En Bretagne, le “Glazik” est un pays traditionnel historiquement organisé autour de la ville de Quimper.

Vue de la ville de Quimper via Google Maps.Vue de la ville de Quimper via Google Maps.

Depuis le 19ème siècle, l’habit est intimement lié à cette division socio-politique proche de la Cornouaille puisque c’est le costume traditionnel des habitants du Glazik qui a donné son nom au pays.

En effet, “le Glazik” signifie littéralement “petit bleu”, référence directe aux vêtements que portaient les habitants de la région. La légende raconte que ce drap bleu caractéristique provenait des stocks militaires impériaux, ultérieurement revalorisés par les tailleurs locaux à l’issue des guerres napoléoniennes.

Statue d'un homme en costume glazik, rue Kéréon à Quimper. Crédits : Henri Moreau.Statue d'un homme en costume glazik, rue Kéréon à Quimper. Crédits : Henri Moreau.

C’est justement à Quimper, capitale historique du pays Glazik, que la marque éponyme voit le jour en 1928.

Karantez vro

Quand Pierre Guichard et Jean-Marie Le Pape rentrent au pays après leur service militaire, un constat s’impose à eux : leur Bretagne vit au rythme des marées mais les marins demeurent mal fagotés.

Pierre Guichard, Fondateur du Glazik, ici photographié en 1954. Crédits : Le Glazik.Pierre Guichard, Fondateur du Glazik, ici photographié en 1954. Crédits : Le Glazik.

Représentant textile pour l’un et tailleur pour l’autre, ils décident de s’associer pour offrir aux travailleurs de la mer un équipement digne de ce nom. De ce projet naîtra la marque qui nous intéresse aujourd’hui : le Glazik.

Déclaration d'immatriculation de la société Le Glazik en 1928. Crédits : Le Glazik.Déclaration d'immatriculation de la société Le Glazik en 1928. Crédits : Le Glazik.

En 1928, les deux compères se lancent avec un objectif clair : professionnaliser la confection du vêtement marin, jusqu’alors assurée de manière purement artisanale.

Logo du GlazikLogo du Glazik

Le cahier des charges est fourni par les principaux intéressés : les vêtements doivent être pratiques, fonctionnels, solides, coupe-vent et résistants à l’eau de mer comme aux déchirures.

Groupe de pêcheurs sur la cale de Léchiagat (1920-1930). Crédits : Jacques de Thézac.Groupe de pêcheurs sur la cale de Léchiagat (1920-1930). Crédits : Jacques de Thézac.

Au n°10 de la rue du Pontigou, la manufacture quimpéroise confectionne les 3 pièces qui font encore la renommée du Glazik aujourd’hui :

  • Le caban : un manteau croisé chaud et épais, taillé dans un drap de laine assez dense pour être imperméable.

Crédits : Le Glazik.Crédits : Le Glazik.

  • Le pantalon : une pièce de jambe montée dans un canevas de coton tissé serré. À l’origine, les matelots utilisaient les voiles des navires pour fabriquer ces pantalons indestructibles.

Crédits : Le Glazik.Crédits : Le Glazik.

  • L’emblématique vareuse : ouvragée dans la même toile que le pantalon, elle se reconnaît à son col imposant, sa fente milieu devant, ses deux poches intérieures et sa construction réversible.

Crédits : Le Glazik.Crédits : Le Glazik.

“Le temps passera, votre Glazik tiendra”

Dans les années 30, la Manufacture est en pleine expansion. M. Le Pape est parti, Mme Guichard et ses filles ont rejoint l’aventure et Pierre Guichard s’improvise communicant avant la lettre pour camper son Glazik dans le paysage breton.

Atelier Le Glazik. Crédits : Le Glazik / Marques de France.Atelier Le Glazik. Crédits : Le Glazik / Marques de France.

Vente directe à l’atelier, livraison en camionnette sérigraphiée, diffusion d’objets publicitaires : Le Glazik fait sa promotion de manière innovante et audacieuse, ce qui contribue à ancrer la marque dans le quotidien des quimpérois.

Capture d'écran tirée d'une vidéo d'archive. Crédits : Le Glazik.Capture d'écran tirée d'une vidéo d'archive. Crédits : Le Glazik.

Surtout, le slogan de la griffe prend des airs de code d’honneur dans les environs.

Crédits : Le Glazik.Crédits : Le Glazik.

An amzer a dro, Ar Glazik a zalc’h !

« Le temps passera, Le Glazik tiendra » : telle est, en français dans le texte, l’ambition programmatique portée par chacune des pièces quittant les ateliers.

Une promesse de résistance et de durabilité qui dépasse le vêtement pour prendre une dimension sentimentale, culturelle voire politique. À travers l’endurance affichée des vêtements Le Glazik, c’est une certaine idée de l’identité locale qui transparaît ; soulignant sa permanence et renforçant de facto un fort sentiment d’appartenance.

Marins de la Marine nationale française à bord du cuirassé « Bretagne », portant un caban Le Glazik. Crédits : Le Glazik.Marins de la Marine nationale française à bord du cuirassé « Bretagne », portant un caban Le Glazik. Crédits : Le Glazik.

Le vêtement marin sur la terre ferme : le tournant des années 50

Jusqu’alors destiné aux pêcheurs et matelots, le vêtement marin va devenir une mode sur le plancher des vaches au mitan du siècle.

Premier caban d'Yves Saint Laurent. Collection haute couture printemps-été 1962. Crédits : Photographie des frères Séeberger.Premier caban d'Yves Saint Laurent. Collection haute couture printemps-été 1962. Crédits : Photographie des frères Séeberger.

C’est au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que ce changement s’opère, et Le Glazik vire de bord pour répondre à cette nouvelle demande.

Crédits : Le Glazik.Crédits : Le Glazik.

Sans perdre de vue son objectif premier, la marque intègre de nouvelles matières, de nouvelles couleurs et de nouvelles coupes pour habiller estivants et plaisanciers. Le travailleur de la mer reste la cible prioritaire mais les années 50 et 60 voient la gamme du Glazik s’élargir et s’urbaniser pour aller chercher la clientèle du littoral.

La vareuse du jeune mousse Maxence dans les Demoiselles de Rochefort (1967) y est peut-être pour quelque chose. Ici interprété par Jacques Perrin.La vareuse du jeune mousse Maxence dans les Demoiselles de Rochefort (1967) y est peut-être pour quelque chose. Ici interprété par Jacques Perrin.

Quand Pierre Guichard disparaît en 1966, sa femme Eugénie et leur fille Paulette prennent la barre pour accompagner cette transition : le vêtement marin, pensé pour les professionnels depuis la naissance de l’établissement en 1928, s’attire désormais les faveurs du grand public.

Vareuse Le Glazik essayée par Alexis pour Comme un Camion. Crédits : Comme un Camion.Vareuse Le Glazik essayée par Alexis pour Comme un Camion. Crédits : Comme un Camion.

Guichard fille : naviguer dans la tempête

Quand Paulette Guichard prend les rênes de l’entreprise en 1975, la société fondée par son père et dirigée par sa mère jouit d’une réputation nationale et internationale.

Reconnue sur son segment, fer de lance de l’artisanat breton, incarnation ultime de l’esprit maritime, Le Glazik plait aussi bien aux hommes de mer qu’aux amateurs de vêtements marins sur la terre ferme.

Campagne publicitaire dans les années 70. Crédits : Le Glazik.Campagne publicitaire dans les années 70. Crédits : Le Glazik.

Pourtant, le temps tourne à l’orage et les affaires se corsent à la fin des années 70.

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Le Mercure galant

Par Lucas Marquiand

Rédacteur mode depuis 2017, j’ai amassé au fil des ans une myriade d’informations et d’anecdotes sur le patrimoine textile tricolore. Avec “Le Mercure galant”, je vous partage ma passion pour le génie français de l’habillement.

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