Née en Isère dans les années 50, la marque franco-italienne a gravi les plus hauts sommets avant de conquérir le cœur des villes. Retour sur une histoire en haute attitude.
L’histoire de Moncler est intimement liée à la commune iséroise dont elle a tiré son nom : Monestier-de-Clermont.
Image Google Maps
C’est dans ce village de moyenne montagne, situé à 30 km au sud de Grenoble, que René Ramillon et André Vincent fondent Moncler en 1952.
Publicité Moncler, 1952-1953.
Spécialisée dans le matériel de montagne, l’entreprise fabrique d’abord des équipements techniques comme des tentes et des sacs de couchage garnis de duvet d’oie. Ce n’est que deux ans plus tard, en 1954, que les deux compères développent la célèbre doudoune qui fera la renommée de la marque.
Pensée pour améliorer les conditions de travail des ouvriers, ils planchent sur une veste matelassée et rembourrée de duvet ; destinée à être portée sur la combinaison de travail. Chaude et isolante, elle s’attire les faveurs des employés et connaît bientôt le succès hors des murs de l’entreprise.
Ami des co-fondateurs, l’alpiniste français Lionel Terray remarque le potentiel de cette pièce et réclame l’élaboration d’une gamme complète pour accompagner ses futures expéditions.
Hommes et Cimes du Pérou, Lionel Terray, 1956.
Sous sa supervision technique, la collection “Moncler pour Lionel Terray” voit le jour et marque le début d’une ère où la griffe iséroise tutoiera les sommets.
Étiquette sur une doudoune Moncler du début des années 60. Crédits : Basecamp Vintage & Archives
Accompagné de son équipement (gants, sacs de couchage, doudoune, protège-pieds, etc.), Lionel Terray part à la conquête du Makalù dès 1955. Tout de Moncler vêtu, il atteint le 8ème plus haut sommet du monde à 8 485 mètres d’altitude. Une première.
Lionel Terray photographié par Jean Couzy au sommet du Makalu le 15 mai 1955
Quelques mois auparavant, les italiens Lino Lacedelli et Achille Compagnoni avaient aussi choisi la marque française pour accompagner leur ascension du mythique mont K2, à la frontière sino-pakistanaise.
Équipements pour les alpinistes italiens Lino Lacedelli et Achille Compagnoni, 1954. Crédits : Moncler
Ces deux exploits, adossés à des dépôts de brevet, sont prolongés par l’expédition de Lionel Terray en Alaska en 1964. Ensemble, ils contribuent à offrir une visibilité et une crédibilité inédites à Moncler, désormais reconnue comme un équipementier fiable et prestigieux.
Lionel Terray en Alaska, 1964. Crédits : Moncler
C’est dans ce contexte que s’ouvrent les Jeux Olympiques de Grenoble, lesquels feront entrer la griffe dans une nouvelle dimension.
Pour les JO d’hiver de 1968 à Grenoble, Moncler est nommée fournisseur officiel de l’équipe de France de ski alpin. Une consécration pour la marque qui en profite pour revoir son identité visuelle.
Le profil du Mont Aiguille cède alors la place au logo que nous connaissons encore aujourd’hui : un coq et deux montagnes stylisées formant un “M”.
Logo Moncler depuis 1968. Crédits : Moncler
Les Jeux sont un succès et offrent une renommée exceptionnelle à Moncler, en particulier grâce à la performance majuscule d’un Jean-Claude Killy triplement médaillé d’or dans les trois disciplines de ski alpin.
Une de l'Équipe, 19 février 1968.
Dans le contexte des Trente Glorieuses, alors que le pouvoir d’achat augmente et que les vacances à la montagne se démocratisent, Moncler s’impose alors comme l’équipementier naturel des skieurs, alpinistes et autres amateurs de sports d’hiver.
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C’est une période faste pour l’entreprise, qui ne s’attendait probablement pas à voir le prochain chapitre de son histoire s’écrire en pleine ville.
Solidement implantée dans le monde de l’outdoor, Moncler part à la conquête des citadins dans les années 80 sous la direction artistique de Chantal Thomass.
Publicité Moncler dans les années 1980. Crédits : Moncler
En capitalisant sur ses forces, Moncler prend un audacieux virage “mode” et s’adresse désormais aux urbains. En revisitant sa doudoune, elle fait une promesse qui ne tarde pas à séduire au pied des Alpes : allier chaleur, confort et légèreté.
Matelassée et rembourrée en duvet d’oie, la doudoune permet en effet de rester au chaud sans s’encombrer des lourds manteaux lainés qui dominaient alors.
Étiquette sur une doudoune Moncler des années 80. Crédits : Instagram @wing_flap
Plus travaillées et plus colorées que les équipements techniques dédiés à l’alpinisme, les doudounes urbaines trouvent rapidement leur public. À Milan, elles rencontrent opportunément un curieux mouvement qui contribuera largement à forger leur légende : les Paninari.
Issus de la jeunesse dorée milanaise, les Paninari - ainsi nommés parce qu’ils se réunissaient devant une sandwicherie nommée Al Panino - forment une sous-culture mixte indissociable du Milan des années 80.
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