Depuis 1925, l'atelier béarnais Paradis-Pommiès, devenu Le Soulor 1925, trace sa route par monts et par vaux. Perpétuant un savoir-faire centenaire, le bottier cultive l'art de la cordonnerie traditionnelle au pied des Pyrénées, sans céder aux appels de l'industrialisation.
Comme son nom l’indique, l’histoire du Soulor a plus d’un siècle et remonte à l’année 1925. C’est à cette date, dans le village de Pontacq allongé au pied des Pyrénées, que la famille Paradis ouvre un petit atelier spécialisé dans le soulier de montagne et la chaussure de travail.
Le village de Pontacq. Crédits : Google Maps.
Dans la région, située entre Lourdes, Tarbes et Pau, le travail du cuir est un héritage multiséculaire : la cordonnerie et la tannerie font la renommée de Pontacq depuis le 16ème siècle et les savoir-faire artisanaux se passent d’un maître bottier à l’autre depuis plus de 500 ans.
Quand l’atelier Paradis-Pommiès voir le jour, c’est précisément dans cette lignée qu’il s’inscrit ; désireux de perpétuer une science élevée au rang d’art par un demi-millénaire d’une histoire faite-main.
Crédits : Le Soulor 1925.
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, Pontacq est une ville de garnison qui compte quelques 3 000 habitants. Tout naturellement, le jeune atelier Paradis-Pommiès capitalise sur la proximité des tanneries et une main d’œuvre locale rompue à l’exercice de la cordonnerie pour proposer des chaussures fiables aux travailleurs locaux et soldats stationnés sur le territoire.
Bottes d'aviateur créées dans les années 30. Crédits : Thierry Suire pour Sud Ouest.
À l’époque, la spécialité de la Maison est le brodequin clouté : une paire de bottines indestructibles et antidérapantes appréciées des bergers, des pisteurs et des agriculteurs de la région.
Trois générations se succèdent à la tête de l’atelier familial et c’est sous la houlette de Pierre puis Joseph Paradis, petit-fils du fondateur, que l’activité se développe dans les années 60 et 70.
Crédits : Le Soulor 1925.
Suivant la même recette que ses prédécesseurs, il s’attache à confectionner des souliers d’une qualité exceptionnelle dont la réputation locale est désormais assise. Bergers, bûcherons et guides de montagne s’approvisionnent chez “Aldo” dont la manufacture tourne à plein régime.
Outre les célèbres brodequins cloutés, la Maison Paradis-Pommiès conçoit des chaussures de sécurité, des bottes pour les aviateurs et même des chaussures à crampons pour les rugbymen. Une idée heureuse dans un Sud-Ouest où l’Ovalie avait déjà tout d’une religion.
Crédits : Le Soulor 1925.
La légende prétend d’ailleurs que l’international français Pierre Lacaze, surnommé “Papillon”, aurait gagné une dizaine de mètres au coup de pied grâce à ses souliers Paradis-Pommiès coqués à bouts carrés.
Pierre Lacaze immortalisé par André Cros, Archives municipales de la ville de Toulouse, placé sous licence CC BY-SA 4.0
D’autres modèles plus habillés étaient également acheminés par la Maison vers les grands Magasins parisiens comme le Bon Marché ou la Samaritaine.
Dans le courant des années 70 et 80, de nombreux chausseurs français font le choix de la délocalisation pour augmenter leur production tout en tirant profit d’une main-d’œuvre bon marché à l’étranger. À Pontacq, Joseph “Aldo” Paradis opte pour une autre voie : celle de la continuité. Opiniâtre et déterminé, il entend poursuivre sur le chemin pavé par ses aïeux depuis 1925.
Modèle Aspe en coloris Moka. Crédits : Le Soulor 1925.
À l’époque, la marque chausse évidemment les bergers et les randonneurs mais aussi les cyclistes, les skieurs, les artisans et même la garde de Monaco. Dans un contexte croissant de mondialisation et face à une concurrence de plus en plus féroce, la méthode reste la même : un approvisionnement local, des circuits courts, une production raisonnée et une intransigeance absolue sur la qualité.
Crédits : Le Soulor 1925.
Cette exigence se mesure à l’aune d’une méthode que l’atelier Paradis-Pommiès n’a jamais abandonnée malgré son exigence et sa complexité : l’emblématique cousu norvégien.
Grâce aux deux coutures qui viennent lier la première de montage, la trépointe et la semelle d’usure, cette technique offre une imperméabilité totale, garantit une solidité inégalable et permet un ressemelage illimité.
Quand l’heure de la retraite sonna pour Joseph Paradis, après une cinquantaine d’années de bons et loyaux services, il n’y avait pas l’ombre d’un repreneur pour perpétuer l’art des maîtres bottiers de Pontacq.
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